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Le Bulletin de la semaine

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Nouvelles romaines

Propos DU PAPE dans l'avion vers Zagreb

 

Le vol AZ 4000 n'est pas long, une heure et demie de Fiumicino à Zagreb, mais cette fois encore, Benoît XVI n'a pas manqué de venir saluer les journalistes, souriant et détendu, et de répondre à trois questions sur le voyage, la première formulée par le Père Lombardi, les deux autres, en hommage à nos hôtes, par deux collègues croates.

L'Europe des valeurs chrétiennes, la richesse des diverses cultures contre le bureaucratisme et le nationalisme abstrait. Et l'exemple du Bienheureux cardinal Stepinac, qui a abhorré à la fois le communisme et le nazisme: le vrai humanisme qui vient de la foi chrétienne, et sait décider pour le "vrai" contre "l'esprit du temps" :


- Votre Sainteté, comme cardinal vous êtes allés d'autres fois en Croatie et votre prédécesseur a fait trois voyages dans ce pays. Pouvez-vous parler des relations spéciales existant entre le Saint-Siège et la Croatie? Quelles sont les raisons et les aspects les plus significatifs de cette relation et de ce voyage?


- Personnellement, j'ai été deux fois en Croatie. La première fois pour les funérailles du Cardinal Seper, mon prédécesseur à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui était un grand ami à moi parce qu'il était également président de la Commission théologique, dont j'ai été membre, et donc je connaissais sa bonté, son intelligence, son discernement, sa joie et cela m'a donné une idée de la Croatie elle-même: un grand croate et un grand Européen. Et puis j'ai été à nouveau invité par son secrétaire qui est lui aussi un homme d'une grande joie, d'une grande bonté, pour un symposium et pour une célébration dans un sanctuaire marial, là j'ai vécu la piété populaire qui est très similaire à celle de mon pays. Je dois dire que j'ai été très heureux de voir cette incarnation de la foi, une foi vécue avec le cœur, où le surnaturel devient naturel et où le naturel est illuminé par le surnaturel, et ainsi j'ai vu et vécu cette Croatie avec son histoire catholique millénaire, toujours très proche du Saint-Siège, et dans l'histoire précédente de l'Église antique, j'ai vu qu'ici, il y a une fraternité profonde dans la foi, dans la volonté de servir Dieu pour l'homme, dans l'humanisme chrétien. En ce sens, je pense qu'il y a un lien naturel dans cette vraie catholicité qui est ouverte à tous et qui transforme le monde, et qui veut transformer le monde selon les idées du Créateur.


- La Croatie devrait rejoindre bientôt les 27 pays de l'Union européenne. Mais ces derniers temps, dans le peuple croate, on a vu croître un certain scepticisme à l'égard de l'UE. Dans cette situation, pensez-vous donner un message d'encouragement aux Croates afin qu'ils regardent vers l'Europe dans une perspective pas seulement économique mais aussi culturelle, avec les valeurs chrétiennes?


- Je crois que la majorité des Croates pense essentiellement avec une grande joie à ce moment où elle rejoint l'Union européenne, parce que c'est un peuple profondément européen. Les cardinaux croates m'ont toujours dit: nous ne sommes pas des Balkans, nous sommes "Mittleuropa". Donc, c'est un peuple qui est déjà au centre de l'Europe par son histoire, sa culture, dans ce sens, je pense qu'il est logique, juste et nécessaire qu'il entre, et je pense que le sentiment dominant est celui de la joie, de vouloir être là où La Croatie est historiquement et culturellement depuis toujours. Bien sûr, on peut également comprendre un certain scepticisme si un peuple numériquement réduit entre dans cette Europe, déjà faite, déjà construite, et on peut comprendre que peut-être il y a la peur d'une bureaucratie centralisée trop forte, d'une culture nationaliste qui ne tient pas suffisamment compte de l'histoire, et de la richesse de l'histoire et aussi de la richesse de la diversité historique.

Il me semble justement que cela pourrait aussi être une mission de ces peuples qui entrent maintenant, celle de relever la diversité dans l'unité, l'identité européenne est précisément une identité dans la richesse des différentes cultures qui convergent dans la foi chrétienne, dans les grandes valeurs chrétiennes afin que cela soit à nouveau visible et efficace. Je pense que c'est aussi une mission que les Croates tentent maintenant, pour renforcer contre un certain rationalisme abstrait l'historicité de nos cultures et la diversité qui est notre richesse, et en ce sens, je les encourage: le processus d'entrée dans l'Europe est un processus mutuel de donner et recevoir. La Croatie elle aussi donne son histoire avec ses capacités humaines et économiques, et naturellement reçoit, élargissant ainsi son horizon et vivant dans ce grand "commerce", non seulement économique mais surtout aussi culturel et spirituel.


- Beaucoup espéraient qu'à l'occasion de votre voyage pourrait intervenir la canonisation du bienheureux cardinal Stepinac. Quelle est l'importance de sa figure, aujourd'hui?

- Le cardinal était un grand pasteur un grand chrétien, et donc aussi un homme d'un humanisme exemplaire. Je dirais aujourd'hui le destin du cardinal Stepiac qui a dû vivre dans deux dictatures opposées mais qui étaient deux dictatures antihumanistes. D'abord, le régime oustachi, qui semblait réaliser le rêve d'autonomie de l'indépendance, mais en réalité c'était une autonomie qui était un mensonge et a été instrumentalisée par Hitler pour ses propres fins. Le Cardinal Stepianc a très bien compris compris et défendu le véritable humanisme contre ce régime, en défendant les Serbes, les Juifs, les Tsiganes ... Il a montré, pour ainsi dire, la force de l'humanisme vrai, y compris en souffrant. Et puis la dictature opposée au communisme, où il a de nouveau lutté pour la foi, pour la présence de Dieu dans le monde, pour le véritable humanisme qui dépend de la présence de Dieu, seul l'homme est l'image de Dieu, de cette façon l'humanisme s'épanouit. Alors, disons que c'était son destin de combattre dans deux combats opposés et c'est justement dans cette décision pour le vrai contre l'esprit du temps, dans cet humanisme vrai qui vient de la foi chrétienne, qu'est le grand exemple non seulement pour les Croates, mais pour nous tous.

Posté le 06 juin 2011 par Abbé Jean-Laurent Lefèvre


Lettre pastorale de S.Exc. Mgr Albert-Marie de Monléon

 

Lettre pastorale de S.Exc. Mgr Albert-Marie de Monléon

Evêque de Meaux

 

Sacerdoce baptismal et sacerdoce presbytéral

 

Comme vous le savez, la Messe Chrismale, avec la rénovation par les prêtres de leurs promesses sacerdotales et la bénédiction autour de l'évêque, des Saintes Huiles, - et notamment du Saint Chrême, utilisé pour les baptêmes, les confirmations, les ordinations -, rappelle l'unique sacerdoce et l'unique ministère du Christ.

Tous, par notre baptême et notre confirmation, nous avons part à cet unique sacerdoce de Jésus, dans ce que l'on appelle le sacerdoce commun aux fidèles ou sacerdoce baptismal. Et ces deux sacerdoces, baptismal et presbytéral sont, - selon l'enseignement du Concile - "ordonnés l'un ou l'autre". Ils sont complémentaires et s'appellent l'un l'autre. Notre rassemblement, en cette Messe Chrismale, est le signe éloquent et comme le sacrement de cette complémentarité.

Mais en quoi consiste précisément l'unique sacerdoce du Christ auquel tous nous avons tous part, chacun selon sa vocation propre ?

La mission du Christ Prêtre c'est de tout ramener à son Père ou, pour le dire selon les paroles de l'Évangile selon saint Jean, "Jésus est mort pour rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11,52). Littéralement, pour les rassembler en Un, dans le Dieu unique. Jésus a offert sa vie, s'est sacrifié sur la Croix, pour que les hommes dispersés par le péché, retrouvent la communion avec Dieu, dans l'unité de Dieu, et entre eux. Par la purification des péchés, Jésus "a donné aux hommes, à tous ceux qui l'ont reçu, le pouvoir de devenir enfants de Dieu" (Jn 1, 12).

Le sacerdoce du Christ est en vue de notre filiation divine. Filiation qui est, par l'union au Christ mort et ressuscité, l'accomplissement de notre vocation baptismale. Et c'est dans cette vocation baptismale que nous exerçons le sacerdoce commun à tous les baptisés, à savoir que nous sommes appelés à ramener à Dieu, lui offrir tout ce que nous sommes, toute notre vie.

Par le sacrement de la confirmation, nous avons été marqués du sceau de l'Esprit Saint, consacrés par Lui afin d'offrir nos vies, toute notre personne, notre corps et notre âme, notre esprit et toutes nos activités, en offrande sainte à Dieu Père et aussi en expiation de nos péchés. L'acte le plus haut de cette offrande sacerdotale c'est l'obéissance de notre foi dans le culte et l'adoration du vrai Dieu, du Père qui cherche des adorateurs en esprit et en vérité (cf. Jn 4,23).

De son côté, le sacerdoce ministériel des prêtres est tout ordonné au sacerdoce baptismal des fidèles. Les prêtres sont ordonnés, sont consacrés comme serviteurs de la dispensation des mystères du Christ aux fidèles.

Les prêtres sont mandatés pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, pour une juste dispensation des sacrements, pour guider les fidèles vers le Père, en un sacerdoce saint, non pas "en commandant en maîtres", comme dit saint Pierre (1 P 5,3), et en exerçant un pouvoir, mais en serviteurs et en modèles. Par leur ordination, les prêtres ont reçu l'Esprit de Jésus pour agir en son nom et en sa personne, et garantir ainsi que c'est bien Lui, Jésus, qui évangélise, baptise, nourrit de son Corps, rassemble tout en Lui pour tout offrir au Père.

Nous avons un signe particulier de cette ordination du sacerdoce des prêtres à celui des baptisés, dans la célébration de la messe. Les prêtres ne célèbrent pas pour eux-mêmes, c'est d'ailleurs pourquoi ils ne doivent pas en faire une affaire personnelle. Ils offrent le Christ à son Père pour que Lui, le Christ, rassemble, restaure la communion des baptisés avec Dieu et entre eux. Pour que, par le Don de l'Esprit Saint, les fidèles entrent dans une participation active c'est-à-dire une offrande vivante et intérieure d'eux-mêmes à Dieu, dans l'esprit de leur filiation divine et la communion d'une charité vivante.

Le Concile, en nous disant que les deux sacerdoces, baptismal et presbytéral, sont ordonnés l'un à l'autre, dans l'unique sacerdoce du Christ, est clair sur l'orientation du sacerdoce presbytéral vers celui des baptisés, mais il ne nous dit pas grand-chose de l'orientation de ce dernier vers le sacerdoce presbytéral. Cependant je voudrais tout de même souligner que le sacerdoce commun est aussi ordonné au sacerdoce presbytéral.

En effet, dans le sacerdoce de baptisés et de confirmés, les fidèles partagent avec les prêtres, la responsabilité d'annoncer le Christ Rédempteur surtout, écrivait Jean-Paul II "lorsque ce n'est que par les laïcs que les hommes peuvent entendre l'Évangile et connaître le Christ" (Christ Rédempteur, n° 71).

Les prêtres ne peuvent annoncer seuls, témoigner seuls de la Bonne Nouvelle, dans le monde, c'est l'évidence, et les laïcs, au nom de leur baptême et de leur confirmation, ont le devoir de faire connaître le Christ et d'attirer par Lui les hommes à Dieu. En cela, ils participent au sacerdoce du Christ, exercent leur sacerdoce baptismal, et soutiennent les prêtres dans leur sacerdoce presbytéral.

De plus, les fidèles (et nous l'avons inscrit dans notre Guide pastoral de Trinité 2008) sont appelés à aider les prêtres à mieux remplir leur ministère propre, notamment en les déchargeant de tâches qui ne sont pas spécifiques ou corrélatives de leur ministère.

Et les diacres, me direz-vous ? Je ne les oublie pas, mais ils ont, dans le lien mutuel des deux sacerdoces, une place à part. Ils sont, nous dit la tradition ancienne de l'Église, ordonnés "non en vue du sacerdoce mais du service". Ils partagent donc, avec les fidèles le sacerdoce commun des baptisés, mais partagent, avec les prêtres, non le sacerdoce presbytéral mais l'appel au service.

Les diacres se trouvent donc, dans leur personne comme dans leur ministère, à la jointure des deux sacerdoces. C'est d'ailleurs ce qu'exprime ou devrait exprimer leur place à l'Eucharistie. Avec les prêtres, ils sont au service de l'assemblée, avec les fidèles, ils exercent leur sacerdoce baptismal de foi et d'adoration.

Bref, dans cet unique sacerdoce du Christ, prêtres, diacres et laïcs, nous sommes appelés à une unique spiritualité de communion, dans l'esprit de notre commune filiation divine qui se réalise dans l'amour inconditionnel du Père et la liberté des enfants de Dieu. C'est ainsi que, tous ensemble, dans le Christ Seigneur "nous sommes un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté" (1 P 2,9) pour son Dieu et Père (cf. Ap 1,6).

 

+ Fr. Albert-Marie de Monléon,o.p. Évêque de Meaux
Homélie prononcée à la Messe Chrismale,
le 20 avril 2011, à la Cathédrale Saint-Étienne

 

Posté le 30 mai 2011 par Abbé Jean-Laurent Lefèvre


Bioethique

Bioéthique : les députés reviennent à l'interdiction assortie de dérogations

 

L'examen du projet de loi bioéthique en 2e lecture a pris fin cette nuit à l'Assemblée. Le vote solennel sur l'ensemble du projet aura lieu dans quelques heures. Revenons toutefois sur le crucial article 23, qui autorise la recherche sur l'embryon. Les députés ont supprimé la transgression du Sénat et sont revenus au statu quo, interdiction avec dérogations. Le député MPF Dominique Souchet a pris la parole au sujet de cet article :

 "Nous avons entendu à propos de la recherche sur l'embryon un certain nombre d'arguments assenés avec beaucoup d'aplomb mais qui appellent des rectifications substantielles. A Mme DUMONT, je voudrais lui dire que j'ai effectivement écrit dans une tribune, avec 57 de mes collègues de la majorité, que les perspectives thérapeutiques de la recherche sur l'embryon humain sont décevantes, et je le maintiens.

J'ai également écrit que les cellules IPS n'appelaient aucune réserve éthique, à l'inverse de la recherche sur l'embryon qui, que vous le vouliez ou non, entraîne presque systématiquement la destruction de l'embryon. C'est une réalité qui ne vous autorise pas à laisser entendre que nous aurions menti. On ne peut pas laisser dire non plus que les avancées obtenues grâce aux cellules IPS seraient dues à la recherche sur l'embryon, ce qui évidemment justifierait pleinement l'autorisation de recherche. Il suffit de rappeler que le professeur YAMANAKA a découvert le procédé de reprogrammation cellulaire à partir de cellules souches embryonnaires, certes, mais d'embryons de souris et n'a jamais travaillé sur l'embryon humain. Le professeur TESTARD nous l'avait d'ailleurs rappelé lors des auditions devant la mission parlementaire et la commission spéciale, comme l'a fait le professeur Ian WILMUT dans un entretien dans la revue Génétique.

On nous a dit également que la recherche sur les cellules souches embryonnaires n'entraîne pas la destruction de l'embryon. Il semble qu'une rectification importante s'impose sur ce point. Il est possible, effectivement, de faire certaines recherches sur l'embryon humain sans le détruire. La preuve, c'est que l'on fait déjà une telle recherche lorsque l'on effectue un DPI. C'est d'ailleurs tout le sens de l'amendement que j'ai déposé et qui prévoit d'interdire la recherche sur l'embryon lorsqu'elle porte atteinte à l'intégrité ou la viabilité de l'embryon. Je voudrais également dire à M. LE DÉAUT que, oui, le DPI ne détruit pas l'embryon systématiquement. Même si la biopsie embryonnaire d'une à deux cellules, réalisée au troisième jour, présente un fort taux d'échecs. En revanche, l'obtention des cellules souches embryonnaires qui se fait à un stade plus tardif (5 à 6 jours) oblige dans tous les cas à détruire l'embryon. Le prélèvement des cellules souches sur le blastocyste conduit à une destruction à 100% de l'embryon.

Et puis il faut avoir l'honnêteté de dire les choses totalement. D'abord, il faut préciser que la majorité des protocoles validés entraînent la destruction de l'embryon. Et rappeler ensuite qu'aucune lignée de cellules souches ne peut être obtenue autrement que par la destruction d'un embryon. [...]

Enfin, on nous a dit que la recherche sur les cellules IPS serait incapable, longtemps encore, de produire des résultats équivalents à ceux de la recherche sur l'embryon. Il y a là un amalgame qui est fallacieux. Il faut distinguer les domaines de recherche. Dans le domaine de la modélisation de nouvelles molécules, les cellules IPS se révèlent plus efficaces que les cellules embryonnaires. En particulier lorsqu'elles sont prélevées sur le malade. Quelques jours après l'annonce médiatique du professeur PESCHANSKI annonçant avoir identifié grâce à des cellules souches d'origine embryonnaire les mécanismes de la maladie de Steinert, des chercheurs américains sont parvenus au même résultat avec des cellules IPS. Où est la valeur ajoutée apportée par la recherche sur l'embryon ? De nombreuses équipes à travers le monde ont ainsi montré ces dernières années leur capacité à produire des cellules souches taillées sur mesure, c'est-à-dire issues des patients eux-mêmes. A l'inverse, les Anglais qui ont une autorisation absolue concernant la recherche sur l'embryon n'ont obtenu aucun résultat dans ce domaine depuis 20 ans. C'est un constat.

Concernant le deuxième domaine, celui de l'amélioration des techniques de fécondation in vitro, Jacques TESTARD a été formel lorsque nous l'avons auditionné. Le recherche sur les embryons de mammifères est, elle aussi, une véritable alternative puisque les mécanismes du développement embryonnaire sont communs à tous les mammifères. Encore faudra-t-il que l'Union européenne permette aux chercheurs de travailler sur l'embryon animal !"

 

Michel Janva

Publié sur « le salon beige » le 26 mai 2011

Posté le 30 mai 2011 par Abbé Jean-Laurent Lefèvre


Instruction pour l'application du Motu Proprio "Summorum Pontificum"

PONTIFICIA COMMISSIO ECCLESIA DEI

 

 

 

 
INSTRUCTION

 

sur l'application de la Lettre apostolique Summorum Pontificum

donnée motu proprio par S. S. le Pape BENOÎT XVI

 


 
 
I. Introduction


1. La Lettre apostolique Summorum Pontificum, donnée motu proprio par le Souverain Pontife Benoît XVI le 7 juillet 2007 et entrée en vigueur le 14 septembre 2007, a rendu plus accessible la richesse de la
liturgie romaine à l'Église universelle.


2. Par ce Motu Proprio, le Souverain Pontife Benoît XVI a promulgué une loi universelle pour l'Église, avec l'intention de donner un nouveau cadre normatif à l'usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962.


3. Après avoir rappelé la sollicitude des Souverains Pontifes pour la sainte liturgie et la révision des livres liturgiques, le Saint-Père reprend le principe traditionnel, reconnu depuis des temps immémoriaux et à maintenir nécessairement à l'avenir, selon lequel « chaque Église particulière doit être en accord avec l'Église universelle, non seulement sur la doctrine de la foi et sur les signes sacramentels, mais aussi sur les usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue. On doit les observer non seulement pour éviter les erreurs, mais pour transmettre l'intégrité de la foi, car la règle de la prière de
l'Église correspond à sa règle de foi1 ».


4. Le Souverain Pontife évoque en outre les Pontifes romains qui se sont particulièrement donnés à cette tâche, notamment saint Grégoire le Grand et saint Pie V. Le Pape souligne également que, parmi les livres liturgiques sacrés, le Missale Romanum a joué un rôle particulier dans l'histoire et qu'il a connu des mises à jour au cours des temps jusqu'au bienheureux Pape Jean XXIII. Puis, après la réforme liturgique qui suivit le Concile Vatican II, le Pape Paul VI approuva en 1970 pour l'Église de rite latin un nouveau Missel, qui fut ensuite traduit en différentes langues. Le Pape Jean Paul II en promulgua une troisième édition en l'an 2000.


5 Plusieurs fidèles, formés à l'esprit des formes liturgiques antérieures au Concile Vatican II, ont exprimé le vif désir de conserver la tradition ancienne. C'est pourquoi, avec l'indult spécial Quattuor abhinc annos publié en 1984 par la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, le Pape Jean Paul II concéda sous certaines conditions la faculté de reprendre l'usage du Missel romain promulgué par le bienheureux Pape Jean XXIII. En outre, avec le Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988, le Pape Jean Paul II exhorta les Évêques à concéder généreusement cette faculté à tous les fidèles qui le demandaient.
C'est dans la même ligne que se situe le Pape Benoît XVI avec le Motu Proprio Summorum Pontificum, où sont indiqués, pour l'usus antiquior du rite romain, quelques critères essentiels qu'il est opportun de
rappeler ici.


6 Les textes du Missel romain du Pape Paul VI et de la dernière édition de celui du Pape Jean XXIII sont deux formes de la liturgie romaine, respectivement appelées ordinaire et extraordinaire : il s'agit de deux mises en oeuvre juxtaposées de l'unique rite romain. L'une et l'autre forme expriment la même lex orandi de l'Église. En raison de son usage antique et vénérable, la forme extraordinaire doit être conservée avec l'honneur qui lui est dû.


7. Le Motu Proprio Summorum Pontificum s'accompagne d'une lettre du Saint-Père aux Évêques, publiée le même jour que lui (7 juillet 2007) et offrant de plus amples éclaircissements sur l'opportunité et la
nécessité du Motu Proprio lui-même : il s'agissait effectivement de combler une lacune, en donnant un nouveau cadre normatif à l'usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962. Ce cadre s'imposait particulièrement du fait qu'au moment de l'introduction du nouveau missel, il n'avait pas semblé nécessaire de publier des dispositions destinées à régler l'usage de la liturgie en vigueur en 1962. En raison de l'augmentation du nombre de ceux qui demandent à pouvoir user de la forme extraordinaire, il est devenu
nécessaire de donner quelques normes à ce sujet. Le Pape Benoît XVI affirme notamment : « Il n'y a aucune contradiction entre l'une et l'autre édition du Missale Romanum. L'histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l'improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste2 ».


8. Le Motu Proprio Summorum Pontificum constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de son munus propre - régler et ordonner la sainte liturgie de l'Église3 - et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l'Église universelle4. Il se propose :


a) d'offrir à tous les fidèles la liturgie romaine dans l'usus antiquior, comme un trésor à conserver  précieusement ;


b) de garantir et d'assurer réellement l'usage de la forme extraordinaire à tous ceux qui le demandent, étant bien entendu que l'usage de la liturgie latine en vigueur en 1962 est une faculté donnée pour le bien des fidèles et donc à interpréter en un sens favorable aux fidèles qui en sont les principaux destinataires ;


c) de favoriser la réconciliation au sein de l'Église.

 


II. Les missions de la Commission pontificale Ecclesia Dei

 

9. Le Souverain Pontife a doté la Commission pontificale Ecclesia Dei d'un pouvoir ordinaire vicaire dans son domaine de compétence, en particulier pour veiller sur l'observance et l'application des dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 12).


10. § 1. La Commission pontificale exerce ce pouvoir, non seulement grâce aux facultés précédemment concédées par le Pape Jean Paul II et confirmées par le Pape Benoît XVI (cf. Motu-Proprio Summorum
Pontificum, art. 11-12), mais aussi grâce au pouvoir d'exprimer une décision, en tant que Supérieur hiérarchique, au sujet des recours qui lui sont légitimement présentés contre un acte administratif de
l'Ordinaire qui semblerait contraire au Motu Proprio.


§ 2. Les décrets par lesquels la Commission pontificale exprime sa décision au sujet des recours pourront être attaqués ad normam iuris devant le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique.


11. Après approbation de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, il revient à la Commission pontificale Ecclesia Dei de veiller à l'édition éventuelle des textes liturgiques relatifs à la forme extraordinaire du rite romain.

 


III.Normes spécifiques


12. À la suite de l'enquête réalisée auprès des Évêques du monde entier et en vue de garantir une interprétation correcte et une juste application du Motu Proprio Summorum Pontificum, cette Commission
pontificale, en vertu de l'autorité qui lui a été attribuée et des facultés dont elle jouit, publie cette Instruction, conformément au canon 34 du Code de droit canonique.


La compétence des Évêques diocésains


13. D'après le Code de droit canonique5, les Évêques diocésains doivent veiller à garantir le bien commun en matière liturgique et à faire en sorte que tout se déroule dignement, pacifiquement et sereinement dans leur diocèse, toujours en accord avec la mens du Pontife romain clairement exprimée par le Motu Proprio Summorum Pontificum6. En cas de litige ou de doute fondé au sujet de la célébration dans la forme extraordinaire, la Commission pontificale Ecclesia Dei jugera.


14. Il revient à l'Évêque diocésain de prendre les mesures nécessaires pour garantir le respect de la forme extraordinaire du rite romain, conformément au Motu Proprio Summorum Pontificum.

 

Le coetus fidelium (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 § 1)


15. Un coetus fidelium pourra se dire stable (stabiliter exsistens), au sens où l'entend l'art. 5 § 1 de Summorum Pontificum, s'il est constitué de personnes issues d'une paroisse donnée qui, même après la
publication du Motu Proprio, se sont réunies à cause de leur vénération pour la liturgie célébrée dans l'usus antiquior et qui demandent sa célébration dans l'église paroissiale, un oratoire ou une chapelle ; ce coetus peut aussi se composer de personnes issues de paroisses ou de diocèses différents qui se retrouvent à cette fin dans une église paroissiale donnée, un oratoire ou une chapelle.


16. Si un prêtre se présente occasionnellement avec quelques personnes dans une église paroissiale ou un oratoire en souhaitant célébrer dans la forme extraordinaire, comme le prévoient les articles 2 et 4 du
Motu Proprio Summorum Pontificum, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l'église acceptera cette célébration, tout en tenant compte des exigences liées aux horaires des célébrations liturgiques
de l'église elle-même.


17. § 1. Dans chaque cas, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l'église prendra sa décision avec prudence, en se laissant guider par son zèle pastoral et par un esprit d'accueil généreux.


§ 2. Dans le cas de groupes numériquement moins importants, on s'adressera à l'Ordinaire du lieu pour trouver une église où ces fidèles puissent venir assister à ces célébrations, de manière à faciliter leur participation et une célébration plus digne de la Sainte Messe.


18. Dans les sanctuaires et les lieux de pèlerinage, on offrira également la possibilité de célébrer selon la forme extraordinaire aux groupes de pèlerins qui le demanderaient (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 § 3), s'il y a un prêtre idoine.


19. Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s'opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l'Église universelle.


Le sacerdos idoneus (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 § 4)


20. Les conditions requises pour considérer un prêtre comme « idoine » à la célébration dans la forme extraordinaire s'énoncent comme suit :


a) tout prêtre qui n'est pas empêché par le droit canonique7, doit être considéré comme idoine à la célébration de la Sainte Messe dans la forme extraordinaire ;


b) il doit avoir du latin une connaissance de base qui lui permette de prononcer correctement les mots et d'en comprendre le sens ;


c) la connaissance du déroulement du rite est présumée chez les prêtres qui se présentent spontanément pour célébrer dans la forme extraordinaire et qui l'ont déjà célébrée.


21. On demande aux Ordinaires d'offrir au clergé la possibilité d'acquérir une préparation adéquate aux célébrations dans la forme extraordinaire. Cela vaut également pour les séminaires, où l'on devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l'étude du latin8, et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d'apprendre la forme extraordinaire du rite.


22. Dans les diocèses sans prêtre idoine, les Évêques diocésains peuvent demander la collaboration des prêtres des Instituts érigés par la Commission pontificale Ecclesia Dei, soit pour célébrer, soit même
pour enseigner à le faire.


23. La faculté de célébrer la Messe sine populo (ou avec la participation du seul ministre) dans la forme extraordinaire du rite romain est donnée par le Motu Proprio à tout prêtre séculier ou religieux (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 2). Pour ces célébrations, les prêtres n'ont donc besoin, selon le Motu Proprio Summorum Pontificum, d'aucun permis spécial de leur Ordinaire ou de leur supérieur.


La discipline liturgique et ecclésiastique


24. Les livres liturgiques de la forme extraordinaire seront utilisés tels qu'ils sont. Tous ceux qui désirent célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain doivent connaître les rubriques prévues et les suivre fidèlement dans les célébrations.


25. De nouveaux saints et certaines des nouvelles préfaces pourront et devront être insérés dans le Missel de 19629, selon les normes qui seront indiquées plus tard.


26. Comme le prévoit le Motu Proprio Summorum Pontificum à l'article 6, les lectures de la Sainte Messe du Missel de 1962 peuvent être proclamées soit seulement en latin, soit en latin puis dans la langue du pays, soit même, dans le cas des Messes lues, seulement dans la langue du pays.


27. En ce qui concerne les normes disciplinaires liées à la célébration, on appliquera la discipline ecclésiastique définie dans le Code de droit canonique de 1983.


28. De plus, en vertu de son caractère de loi spéciale, le Motu Proprio Summorum Pontificum déroge, dans son domaine propre, aux mesures législatives sur les rites sacrés prises depuis 1962 et incompatibles avec les rubriques des livres liturgiques en vigueur en 1962.

La Confirmation et l'Ordre sacré


29. La permission d'utiliser la formule ancienne pour le rite de la confirmation a été reprise par le Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 9 § 2). Dans la forme extraordinaire, il n'est donc pas nécessaire d'utiliser la formule rénovée du Rituel de la confirmation promulgué par le Pape Paul VI.


30. Pour la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat, le Motu Proprio Summorum Pontificum n'introduit aucun changement dans la discipline du Code de droit canonique de 1983 ; par conséquent, dans les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le profès de voeux perpétuels ou celui qui a été définitivement incorporé dans une société cléricale de vie apostolique est, par l'ordination diaconale, incardiné comme clerc dans l'Institut ou dans la Société, conformément au canon 266 § 2 du Code de droit canonique.


31. Seuls les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission pontificale Ecclesia Dei ainsi que ceux dans lesquels se maintient l'usage des livres liturgiques de la forme extraordinaire peuvent utiliser le Pontifical romain en vigueur en 1962 pour conférer les ordres mineurs et majeurs.


Le Bréviaire romain


32. Les clercs ont la faculté d'utiliser le Bréviaire romain en vigueur en 1962 dont il est question à l'article 9 § 3 du Motu Proprio Summorum Pontificum. Celui-ci doit être récité intégralement et en latin.


Le Triduum sacré


33. S'il y a un prêtre idoine, le coetus fidelium qui adhère à la tradition liturgique précédente peut aussi célébrer le Triduum sacré dans la forme extraordinaire. Au cas où il n'y aurait pas d'église ou d'oratoire exclusivement prévu pour ces célébrations, le curé ou l'Ordinaire prendront les mesures les plus favorables au bien des âmes, en accord avec le prêtre, sans exclure la possibilité d'une répétition des célébrations du Triduum sacré dans la même église.


Les rites des Ordres religieux


34. Il est permis d'utiliser les livres liturgiques propres aux Ordres religieux et en vigueur en 1962.
Pontifical romain et Rituel romain


35. Conformément au n. 28 de cette Instruction et restant sauf ce qui est prescrit par le n. 31, l'usage du Pontifical romain et du Rituel romain, ainsi que celui du Cérémonial des Évêques en vigueur en 1962
sont permis.
 
Au cours de l'audience du 8 avril 2011 accordée au Cardinal Président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le Souverain Pontife Benoît XVI a approuvé la présente Instruction et en a ordonné la publication.


Donné à Rome, au siège de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le 30 avril 2011, en la mémoire de saint Pie V.


 
William Cardinal Levada Président
 
Monseigneur Guido Pozzo Secrétaire

_______________


1 BENOÎT XVI, Motu proprio Summorum Pontificum, art. 1 : AAS 99 (2007), p. 777 ; La Documentation catholique 104 (2007), pp. 702-704 ; cf. Présentation générale du Missel romain, 3e éd., 2002, n. 397.


2 BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 798 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.
 
3 Cf. Code de droit canonique, c. 838, § 1 et § 2.


4 Cf. Code de droit canonique, c. 331.


5 Cf. Code de droit canonique, c. 223 § 2 ; 838 § 1 et § 4.


6 Cf. BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 799 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.


7 Cf. Code de droit canonique, c. 900 § 2.
 
8 Cf. Code de droit canonique, c. 249 ; CONC. OECUM. VAT. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 36 ; Décr. Optatam totius, n. 13.


9 Cf. BENOÎT XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre
apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l'usage de
la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007),
p. 797 ; La Documentation catholique 104, p. 706

Posté le 20 mai 2011 par Commission Ecclesia Dei


La Sainte Messe

Chaque année, une cinquantaine de prêtres se forment à la messe de St Pie V

 

Le Vatican publie aujourd'hui un texte pour l'interprétation du motu proprio Summorum pontificum de 2007 qui avait libéralisé les messes en rite préconciliaire.

Il prévoit notamment une formation au rite ancien dans les séminaires.

En France, des prêtres ont accepté de se former, sans pour autant tourner le dos à l'esprit de Vatican II

 

Ordonné en juin 2009, le P. Olivier Foulon célèbre une fois par mois la messe tridentine dans sa paroisse des Hauts-de-Seine. Rien, pourtant, ne prédisposait ce vicaire de 31 ans, élevé dans une famille catholique « ordinaire », entre vie paroissiale et aumônerie, à se plonger dans une liturgie qu'il ne connaissait qu'à travers les récits de ses grands-parents.

« Notre vicaire épiscopal cherchait des prêtres pour célébrer dans les trois lieux affectés à la messe selon la forme extraordinaire dans le diocèse de Nanterre. Je l'ai fait comme un service, avec curiosité », raconte le P. Foulon qui, comme beaucoup de sa génération, dit se sentir étranger aux querelles liturgiques de l'après-Concile. 

Heureux d'avoir pu ajouter «une corde à mon arc », il affirme avoir découvert «tout un monde » : « Pour le latin, je me débrouille. Ce sont plutôt tous ces gestes, moments de silence, inclinations et génuflexions qui m'ont demandé de l'investissement. Aujourd'hui encore, je dois répéter avant chaque célébration. » 

Aucune formation spécifique n'étant dispensée dans les séminaires diocésains, c'est donc au sein d'un « lieu spécialisé », le monastère Notre-Dame de Triors (Drôme), que le P. Foulon a suivi une formation intensive.

 

Une cinquantaine de prêtres formés chaque année

Comme lui, ils seraient chaque année une cinquantaine, pour la plupart âgés de moins de 45 ans, à frapper à la porte des abbayes traditionalistes de France : Triors, donc, mais aussi Le Barroux (Vaucluse), Randol (Puy-de-Dôme), Fontgombault (Indre). 

Ce phénomène, qui remonte aux années 1980, s'est accéléré en 2007 avec la publication du motu proprio Summorum pontificum, libéralisant l'usage de la forme extraordinaire du rite romain. «Certains prêtres nous sont envoyés par leur évêque, mais la plupart du temps, leur requête relève d'une démarche personnelle et spirituelle », précise Dom Hervé Courau, abbé de Triors. 

« Cela a enrichi ma façon de célébrer la messe ordinaire, témoigne un jeune prêtre du diocèse de Versailles. Vatican II a voulu simplifier les rites, pour que le sens des gestes soit mieux compris. Avec le risque parfois de réduire ce mystère à ce que l'intelligence peut en percevoir... Or, cela nous dépasse. C'est ce que j'ai redécouvert à Triors. » 

La messe extraordinaire, ce vicaire ne la célèbre pourtant qu'en privé ou lors de retraites. Au quotidien, la forme ordinaire lui semble « favoriser davantage la participation de l'assemblée ».

 

Les demandes de messe extraordinaire en augmentation depuis 2007

Si les demandes ont augmenté après la publication du motu proprio, elles se sont stabilisées autour de 240 lieux en France. Sans provoquer, donc, de raz de marée liturgique, la messe tridentine semble avoir trouvé son public.

« Beaucoup, parmi les jeunes foyers, s'attachent à cette messe, quel que soit leur milieu », s'étonne le P. Patrick Zago. À 73 ans, cet assomptionniste a réinvesti la messe de son enfance « par souci pastoral » et prête régulièrement main-forte dans le diocèse d'Évry ou à Lourdes, lors du Pèlerinage national. « J'ai été heureux de retrouver certains morceaux de grégorien, le silence sacral pendant la prière eucharistique... Mais je trouve quand même cette célébration très chargée, et la forme ordinaire me semble mettre mieux en évidence la Parole de Dieu. »

Va-t-on, à l'exemple des P. Foulon et Zago, vers une généralisation de cette double compétence ? Certains en rêvent. Dans le diocèse de Lyon, une structure inédite a même été mise en place l'an dernier, la maison Sainte-Blandine, avec l'ambition de former les futures générations de « prêtres motu proprio ». 

« Il n'y a ni contradiction, ni rupture entre les deux, plaide son responsable, le P. Laurent Spriet. Apprendre à célébrer selon la forme extraordinaire, ce n'est rien de plus que de vouloir renouer avec ses racines. »

 

Pas un enjeu prioritaire

Reste que les candidats à Sainte-Blandine se font encore rares : un seul a suivi le cursus à ce jour. C'est que la plupart des prêtres attachés à la forme extraordinaire se trouvent dans les instituts dédiés, et sont peu enclins à célébrer la messe Paul VI (Bon-Pasteur, Christ-Roi...). Tandis que 200 prêtres diocésains seulement sont passés par les abbayes traditionalistes en quatre ans, sur les 14 350 recensés en 2009. 

Du reste, les diocèses n'y voient pas un enjeu prioritaire. « Il y a des urgences tellement plus importantes ! estime le P. Pascal-Grégoire Delage, vicaire épiscopal en Charente-Maritime. Oui, quelques chrétiens ont la nostalgie de l'ancienne liturgie, mais nos contemporains sont très loin de cela. Dans un monde souvent chaotique, ils ont surtout besoin d'entendre qu'ils sont aimés de Dieu. »

Par ailleurs, ajoute-t-il, « l'Église n'est pas un supermarché ». Car, derrière ces questions liturgiques, certains redoutent une « Église à la carte » pour les fidèles comme pour les prêtres. Or, «l'enjeu est de savoir si la liturgie peut être choisie en fonction de sa sensibilité ou si on la reçoit de l'Église », pointe un autre formateur, qui préfère rester anonyme.

D'autant que, dans la pratique, la mise en œuvre de ce service liturgique entraîne parfois des tensions. « À la publication du motu proprio, témoigne un jeune prêtre francilien, je voulais être prêt à répondre à la demande de mes paroissiens. Je me suis formé. Sans constater une recrudescence des demandes. En revanche, ma situation est devenue inconfortable : les fidèles attachés à la messe Paul VI n'ont pas compris mon choix et les traditionalistes, eux, guettaient avec suspicion le moindre de mes faux pas ». 

Au final, constate-t-il « déçu », son geste de bonne volonté destiné à favoriser l'unité de sa paroisse « n'a fait que créer de nouvelles divisions ».

 

CÉLINE HOYEAU et FRANCOIS-XAVIER MAIGRE

La Croix  du 12 mai 2011

Posté le 19 mai 2011 par Abbé Jean-Laurent Lefèvre


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