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Le Bulletin de la semaine

    Le bulletin de la semaine

 

LE STYLE DU PAPE FRANÇOIS EST SANS SURPRISE

Les premiers actes du nouveau pape réexaminés à la lumière de son autobiographie. Les motifs de son silence en ce qui concerne les questions qui opposent le plus l'Église aux puissances profanes: naissance, mort, famille, liberté religieuse

            ROME, le 3 avril 2013 – Sauf en Argentine, très peu de textes de Jorge Mario Bergoglio avaient été publiés avant qu’il ne soit élu pape.

Mais actuellement les traductions de ses écrits, de ses discours, de ses interviews, se multiplient rapidement. Et ils aident à rendre moins surprenants les gestes du pape François.

Voici donc quelques-unes de ces "surprises", petites ou grandes, qui cependant n’apparaissent plus comme telles lorsqu’on les examine à la lumière de son autobiographie, qui a été publiée en 2010 en Argentine sous forme d’un livre-interview réalisé par Sergio Rubin et Francesca Ambrogetti, intitulé "El Jesuita", et qui est maintenant également en vente dans d’autres pays, au nombre desquels l'Italie.

 

UN PAPE QUI NE CHANTE JAMAIS

C’est vrai, le pape François aime écouter de la musique mais il ne chante pas, ni au cours des messes solennelles ni lorsqu’il donne sa bénédiction. On dit que les jésuites "non rubricant nec cantant", c’est-à-dire qu’ils n’aimeraient ni les cérémonies ni le chant. Mais l’explication est plus simple.

Il a contracté, quand il avait 21 ans, une très mauvaise pneumonie et "on lui a retiré trois kystes en pratiquant l'ablation de la partie supérieure de son poumon droit. Il lui est resté de cette expérience une déficience pulmonaire qui, bien que ne le handicapant pas gravement, lui fait sentir ses limites humaines".

Par conséquent, s’il ne chante pas, c’est tout simplement parce qu’il n’a pas suffisamment de souffle pour le faire, comme on peut s’en douter en l’entendant parler, le souffle court et à voix basse. De toute façon, il a avoué : "Je chante complètement faux".

 

UN PAPE QUI NE PARLE QUE L’ITALIEN

Effectivement, il parle bien l’italien. D’autre part il comprend également le dialecte piémontais, que sa famille parlait à l’origine. Mais "en ce qui concerne les autres langues – a-t-il reconnu dans son autobiographie – je devrais dire non pas que je les parle mais que je les parlais, parce que je manque de pratique. Le français, je le parlais plutôt bien et, pour ce qui est de l’allemand, je me débrouillais. La langue qui m’a posé le plus de problèmes a toujours été l’anglais, surtout en ce qui concerne la phonétique".

C’est un fait que, en renonçant à parler d’autres langues que l’italien, Bergoglio semble avoir décidé de sacrifier – en public – même sa langue maternelle, l’espagnol.

À Pâques, il a également renoncé aux vœux immanquablement présentés en 65 langues par les papes ses prédécesseurs.

 

UN PAPE QUI VEUT TOUT FAIRE LUI-MÊME

Au Vatican, il a été contraint par la force des choses à prendre un secrétaire. Il s’agit du Maltais Alfred Xuereb, qui était précédemment le second assistant de Benoît XVI. À Buenos Aires aussi, il avait une secrétaire, mais c’est lui qui gérait ses rendez-vous, c’est lui qui les notait sur son agenda de poche dont il disait : "ce serait une véritable catastrophe si je le perdais".

Il travaillait sur un bureau "petit mais très ordonné". Ses horaires sont eux aussi ordonnés : cinq heures de sommeil par nuit, extinction des feux à 23 heures, debout à 4 heures du matin "sans avoir besoin d’un réveil", "une sieste de quarante minutes" après le déjeuner. Il sait faire la cuisine. Il aime écouter de la musique et lire, en particulier les classiques de la littérature. Il prend connaissance des informations dans les journaux. Il n’a jamais utilisé internet, pas même pour le courrier électronique.

 

UN PAPE QUI NE VEUT PAS SE FAIRE APPELER "PAPE"

On a déjà pu le noter, Bergoglio préfère pour lui-même la simple appellation d’"évêque de Rome" et il ne parle pas de son pouvoir de chef de l’Église universelle, bien que ce pouvoir ait été confirmé avec beaucoup de vigueur par le concile Vatican II.

On peut lire dans son autobiographie :

"Lorsqu’un pape ou un maître doivent dire 'là, c’est moi qui commande' ou bien 'ici, le supérieur, c’est moi', c’est qu’ils ont déjà perdu leur autorité et qu’ils cherchent alors à se la réapproprier par des paroles. Proclamer que l’on a le bâton de commandement implique que l’on ne l’a plus. Avoir le bâton de commandement ne signifie pas donner des ordres et imposer, mais servir".

Il semble donc que Bergoglio veuille non pas proclamer mais exercer son pouvoir suprême de successeur de Pierre.

 

UN PAPE QUI DÉCIDE TOUT SEUL DE TOUT

Il a également dit, dans son autobiographie sous forme d’interview :

"Je dois reconnaître que, d’une manière générale, la première solution qui me vient à l’esprit n’est pas la bonne. C’est la faute de mon tempérament. Pour cette raison, j’ai appris à me méfier de ma première réaction. Une fois que je suis plus calme, après être passé par le creuset de la solitude, je m’approche de ce que je dois faire. Mais personne ne me fait échapper à la solitude dans laquelle se prennent les décisions. On peut demander un conseil mais, en fin de compte, c’est tout seul que l’on doit décider". En somme, concrètement, il faut prévoir que, en ce qui concerne le pape François, la primauté du pape en matière de prise de décisions ne subira aucune atteinte, pas même si, à l’avenir, le gouvernement de l’Église devait adopter une structure plus collégiale.

 

UN PAPE QUI ESQUIVE LES SUJETS QUI FÂCHENT

En effet, dans ses discours et dans ses homélies de début de pontificat, Bergoglio a jusqu’à présent évité d’aborder les questions à propos desquelles l’Église est le plus en opposition avec les puissances profanes.

Dans le discours qu’il a adressé au corps diplomatique, il n’a pas du tout parlé des menaces qui pèsent sur la liberté religieuse, de même que, dans ses autres interventions, il a évité toute allusion aux sujets critiques que sont la naissance, la mort, la famille.

Toutefois, dans son autobiographie sous forme d’interview, Bergoglio a rappelé que, dans une certaine circonstance, Benoît XVI avait décidé, lui aussi, de garder le silence :

"Au moment où Benoît XVI s’est rendu en Espagne, en 2006, tout le monde a pensé qu’il allait critiquer le gouvernement de Rodriguez Zapatero, en raison des divergences de celui-ci avec l’Église catholique à propos d’un certain nombre de sujets. Quelqu’un a même demandé au pape si, au cours des entretiens qu’il avait eus avec les autorités espagnoles, il avait abordé la question du mariage homosexuel. Mais Benoît XVI a répondu qu’il ne l’avait pas fait, qu’il avait parlé uniquement de choses positives et que le reste viendrait par la suite. Il voulait laisser entendre par là qu’il faut avant tout mettre en évidence les choses positives, celles qui unissent, et non pas celles qui sont négatives, qui ne servent qu’à diviser. La priorité doit être donnée à la rencontre entre les personnes, au cheminement que l’on effectue ensemble. Si l’on procède ainsi, il sera plus facile, ultérieurement, d’aborder les différences".

Dans un autre passage de l'interview, Bergoglio critique certaines homélies "qui devraient être 'kérygmatiques' mais qui finissent par parler de tout ce qui a un rapport avec le sexe. Telle chose est permise, telle autre ne l’est pas. Ceci est erroné, cela ne l’est pas. Et alors nous finissons par oublier le trésor qu’est Jésus vivant, le trésor qu’est le Saint-Esprit présent dans nos cœurs, le trésor qu’est un projet de vie chrétienne ayant de nombreuses implications qui vont bien au-delà des seules questions sexuelles. Nous négligeons une catéchèse très riche, qui traite des mystères de la foi, du credo, et nous finissons par nous concentrer sur la question de savoir s’il faut participer ou non à une manifestation contre un projet de loi en faveur de l'utilisation du préservatif".

Et il affirme également :

            "Je suis intimement persuadé que, à l’époque actuelle, le choix fondamental que l’Église doit effectuer, ce n’est pas de diminuer ou de supprimer certains préceptes, de rendre telle ou telle chose plus facile, mais c’est de descendre dans la rue pour chercher les gens, de les connaître par leur nom. Et cela pas uniquement parce que sa mission est d’aller annoncer l’Évangile, mais parce que, si elle ne le fait pas, elle se fait du mal toute seule. Il est évident que, si quelqu’un sort de chez lui et va dans la rue, il peut aussi lui arriver d’avoir un accident, mais je préfère mille fois une Église accidentée à une Église malade".

 

Traduction française par Charles de Pechpeyrou - Sandro Magister - Chiesa

Posté le 16 avril 2013 par Annonces


HOMELIE DU R.P. RANIERO CANTALAMESSA O.F.M.C POUR L’OFFICE DE LA CROIX A LA BASILIQUE ST PIERRE DE ROME LE 29 MARS 2013

 « […] Quelle chose extraordinaire ! Ce Vendredi Saint célébré durant l’Année de la foi et en présence du nouveau successeur de Pierre, pourrait être, si nous le voulons, le début d’une nouvelle existence. L’évêque Hilaire de Poitiers, converti au christianisme à l’âge adulte, en repensant à sa vie passée disait: « Avant de te connaître, je n’existais pas ».

La seule chose qu’on nous demande c’est de ne pas nous cacher comme Adam après la faute, de reconnaître que nous avons besoin d’être justifiés ; que nous ne nous justifions pas nous-mêmes. Le publicain de la parabole monta au Temple et fit une très courte prière: « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ». Et Jésus dit que cet homme rentra chez lui « justifié », c’est-à-dire devenu un homme juste devant Dieu, pardonné, un autre homme, en chantant allègrement, j’en suis sûr, dans son cœur (Lc 18,14). Qu’avait-il fait de si extraordinaire ? Rien, il s’était mis dans la vérité devant Dieu, et c’est l’unique chose dont Dieu a besoin pour agir.

* * *

Comme celui qui, pendant l’escalade à une paroi alpine, vient de surmonter un passage dangereux et s’arrête un instant pour reprendre son souffle et admirer le nouveau panorama qui s’ouvre devant lui, ainsi fait l’apôtre Paul, au début du chapitre 5 de la Lettre aux Romains:

« Justifiés donc par la foi, nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu. Mais ce n’est pas tout : la détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5, 1-5).

Aujourd’hui, on fait des photos satellitaires à rayons infrarouges de régions entières de la terre, voire de la planète tout entière. Comme le panorama vu d’en-haut, à la lumière de ces rayons, est diffèrent par rapport à ce que nous voyons à la lumière naturelle et en étant dedans! Je me souviens de l’une des toutes premières photos satellitaires diffusées dans le monde; celle-ci reproduisait toute la péninsule du Sinaï. Les couleurs étaient très différentes, les reliefs et les dépressions plus marquées. C’est un symbole. La vie humaine aussi, vue aux rayons infrarouges de la foi, du haut du Calvaire, paraît différente de ce que l’on voit « à l’œil nu ».

« Tous – disait le sage de l’Ancien Testament – ont un même sort, le juste et le méchant… Je regarde encore sous le soleil : à la place du droit, là se trouve le crime, à la place du juste se trouve le criminel » (Qo 3, 16; 9, 2). Et en effet de tout temps on a vu l’iniquité triompher et l’innocence humiliée. Mais pour ne pas avoir à croire qu’il existe dans le monde quelque chose de fixe et de sûr, relève Bossuet, voilà qu’il nous arrive parfois de voir le contraire, c’est-à-dire de voir l’innocence sur le trône et l’iniquité sur l’échafaud. Mais que répondait Qohélet le sage à cela ? « Alors je me dis en moi-même : le juste et le criminel Dieu les jugera, car il y a un temps pour toute chose » (Qo 3, 17). Il a trouvé le juste point d’observation.

Ce que Qohélet ne pouvait pas savoir et que nous, par contre, nous savons c’est que ce jugement a déjà eu lieu: « C’est maintenant – dit Jésus en entrant dans sa passion – le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 31-32).

En Jésus-Christ mort et ressuscité le monde a atteint sa destination finale. Il faut la foi pour le croire. Le progrès de l’humanité avance aujourd’hui à un rythme vertigineux et celle-ci voit se déployer devant elle des horizons nouveaux et impensables, fruit de ses découvertes. Pourtant, on peut dire que la fin des temps a déjà eu lieu, car dans le Christ, monté à la droite du Père, l’humanité a atteint sa destination finale. Les cieux nouveaux et la terre nouvelle ont déjà commencé. Malgré toutes les misères, les injustices, les monstruosités, présentes sur terre, l’ordre du monde définitif a déjà commencé en lui. Ce que nous voyons de nos yeux peut nous suggérer le contraire, mais le mal et la mort sont en réalité défaits à jamais. Leurs sources sont asséchées ; la réalité c’est que Jésus est le Seigneur. Le mal a été radicalement vaincu par l’œuvre de rédemption qu’il a opérée pour nous.

Une chose surtout paraît différente, vue avec les yeux de la foi: la mort! Le Christ est entré dans la mort comme on entre dans une sombre prison; mais il en est sorti en passant par l’autre mur. Il n’est pas retourné d’où il était venu, comme Lazare qui se remet à vivre pour mourir à nouveau. Il a ouvert une brèche vers la vie et personne ne pourra la refermer. La mort n’est plus un mur contre lequel se brise toute espérance humaine ; elle est devenue un pont vers l’éternité. Un « pont des soupirs », peut-être parce que personne n’aime mourir, mais un pont, non plus un abîme qui avale tout. « L’amour est fort comme la mort, dit le Cantique des cantiques » (Ct 8,6). Mais le Christ a été plus fort que la mort !

Dans son « Histoire ecclésiastique du peuple anglais », Bède le Vénérable raconte comment la foi chrétienne fit son entrée dans le nord de l’Angleterre. Quand les missionnaires venus de Rome arrivèrent dans le Northumberland, le roi local convoqua un conseil des dignitaires pour décider s’il fallait ou pas leur permettre de répandre le nouveau message. Certains y étaient favorables, d’autres pas. C’était l’hiver et dehors il neigeait et c’était la tempête, mais la pièce était éclairée et chaude. A un certain moment un petit oiseau entra par un trou du mur, voleta apeuré quelques instants dans la pièce, puis disparut par un autre trou dans le mur d’en face.

Alors une des personnes du conseil se leva et dit : « Sire, notre vie dans ce monde ressemble à ce petit oiseau. Nous venons de l’obscurité, nous ne savons pas d’où, nous profitons de la lumière et de la chaleur du monde un instant et puis nous disparaissons à nouveau dans l’obscurité, sans savoir où nous allons. Si ces hommes sont en mesure de nous révéler quelque chose du mystère de notre vie, nous devons les écouter. » La foi chrétienne pourrait revenir sur notre continent européen et dans le monde sécularisé pour la même raison que celle qui l’a faite arriver : c’est-à-dire comme la seule à avoir une réponse sûre à donner au problème de la mort.

* * *

La croix sépare les croyants des non croyants, car pour les uns celle-ci est « scandale » et « folie » et pour les autres « puissance » et « sagesse » de Dieu (cf. 1 Co 1, 23-24); mais dans un sens plus profond la croix unit tous les hommes, croyants et non croyants. « Jésus devait mourir […] non pas pour la nation seulement, mais encore afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (cf. Jn 11, 51 s.). Les cieux nouveaux et la terre nouvelle sont à tout le monde et pour tout le monde, car le Christ est mort pour tous.

C’est de tout cela que naît l’urgence d’évangéliser : « L’amour du Christ nous presse, à la pensée qu’un seul est mort pour tous » (2 Co 5,14). Il nous presse à l’évangélisation! Annonçons au monde la bonne nouvelle qu’« il n’y a plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus, car la loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus nous a affranchis de la loi du péché et de la mort » (Rm 8,1-2).

Il y a un court récit de Franz Kafka qui est un puissant symbole religieux, et prend une signification inédite, presque prophétique, écouté le vendredi saint. Il s’intitule « Un message impérial ». Ce récit parle d’un roi qui, sur son lit de mort, appelle à son chevet un de ses sujets et lui susurre un message à l’oreille. Ce message est si important qu’il se le fait répéter, à son tour, à l’oreille. Puis il renvoie le messager qui se met en route. Mais écoutons directement de l’auteur la suite du récit, aux accents oniriques, proche du cauchemar, propres à cet écrivain:

« Avançant un bras, puis l’autre, le messager se fraye un chemin à travers la foule ; s’il rencontre de la résistance, il désigne sa poitrine qui porte le signe du soleil ; il avance ainsi, avec une très grande facilité. Mais la foule est immense, elle est partout. Si l’espace s’ouvrait devant lui, comme il volerait ! Tu entendrais bientôt le martèlement glorieux de ses poings à ta porte. Mais hélas, ses efforts restent vains ! Il continue de peiner pour se frayer un chemin à travers les appartements du palais central desquels il ne sortira jamais. Et s’il y parvenait, il n’en serait pas plus avancé ; dans la descente des escaliers, il aurait encore à se battre ; et s’il parvenait jusqu’en bas, il n’aurait encore rien fait, il lui faudrait traverser les cours ; et après les cours, le second cercle de palais, et de nouveau des escaliers et des cours, et de nouveau un palais ; et ainsi de suite durant les siècles des siècles. Et si enfin il se précipitait par la dernière porte – mais jamais, jamais cela ne pourrait se produire – il trouverait devant lui la Ville impériale, le centre du monde, la Ville ont sont entassées des montagnes de ses détritus. Là, personne ne pénètre, même avec le message d’un mort. Mais toi tu es assis à ta fenêtre, et tu rêves de ce message quand vient le soir ».

Sur son lit de mort, le Christ aussi a confié à son Eglise un message: « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15). Il y a encore tant d’hommes qui sont à la fenêtre et rêvent, sans le savoir, d’un message comme le sien. Jean, nous venons de l’entendre, affirme que le soldat a transpercé le côté du Christ sur la croix afin que cette parole de l’Ecriture s’accomplisse : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37). Dans l’Apocalypse il ajoute: « Voici qu’il vient sur les nuées, et tous les hommes le verront, même ceux qui l’ont transpercé, et, en le voyant, toutes les tribus de la terre se lamenteront » (Ap 1,7).

Cette prophétie n’annonce pas la venue finale du Christ, quand l’heure ne sera désormais plus à la conversion mais au jugement. Il décrit au contraire la réalité de l’évangélisation des peuples. En elle se vérifie une mystérieuse, mais réelle venue du Seigneur qui apporte le salut. Leurs pleurs ne seront pas des pleurs de désespoir, mais des pleurs de repentir et de consolation. Tel est le sens de l’Ecriture prophétique que Jean voit se réaliser lorsque le Christ est transpercé sur le côté, c’est à dire celle de Zacharie 12, 10: « Je répandrai sur la maison de David et sur l’habitant de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication, et ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé. »

L’évangélisation a une origine mystique; c’est un don qui vient de la croix du Christ, de ce côté transpercé, ouvert, de ce sang et de cette eau. L’amour du Christ, comme l’amour trinitaire dont il est la manifestation historique, est « diffusivum sui », tend à se répandre et à atteindre toutes les créatures, « spécialement celles qui ont le plus besoin de sa miséricorde ». L’évangélisation chrétienne n’est pas « conquête », n’est pas « propagande » ; c’est un don de Dieu au monde en son Fils Jésus. C’est donner à la Tête la joie de sentir la vie s’écouler de son cœur vers son corps, jusqu’à en vivifier ses membres les plus lointains.

Nous devons faire en sorte que l’Eglise ne ressemble jamais à ce château compliqué et encombré décrit par Kafka, et que le message puisse sortir d’elle libre et joyeux comme lorsqu’il a commencé sa course. Nous savons quels sont les empêchements qui peuvent retenir le messager: les murs diviseurs, à commencer par ceux qui séparent les différentes Eglises chrétiennes entre elles, l’excès de bureaucratie, les restes d’apparats, lois et controverses passées, devenus désormais des détritus.

Dans l’Apocalypse, Jésus dit qu’il se tient à la porte et frappe (Ap 3,20). Parfois, comme l’a souligné notre Pape François, il ne frappe pas pour entrer, mais frappe de l’intérieur pour sortir. Sortir vers la «banlieue existentielle du péché, de la souffrance, de l’injustice, de l’ignorance et de l’indifférence religieuse, de la pensée et de toutes les formes de misère. »

C’est comme avec certains vieux édifices. Au fil des siècles, pour s’adapter aux exigences du moment, ceux-ci sont remplis de cloisons, d’escaliers, de salles et petites salles. Le moment arrive quand l’on s’aperçoit que toutes ces adaptations ne répondent plus aux exigences actuelles, qu’elles sont même un obstacle, et il faut alors avoir le courage d’abattre tout cela, et de ramener l’édifice à la simplicité et à la linéarité de ses origines. C’est la mission que reçut un jour un homme qui priait devant le crucifix de Saint Damien : « Va, François, et répare ma maison ».

« Qui peut-être à mesure de cette tâche ? », se demandait atterré l’Apôtre Paul devant le devoir surhumain d’être « la bonne odeur du Christ » dans le monde; et voici sa réponse qui vaut encore aujourd’hui: « Ce n’est pas que de nous-mêmes nous soyons capables de revendiquer quoi que ce soit comme venant de nous; non, notre capacité vient de Dieu, qui nous a rendus capables d’être ministres d’une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l’Esprit ; car la lettre tue, l’Esprit vivifie » (2 Co 2, 16; 3, 5-6).

Puisse l’Esprit Saint, en ce moment où s’ouvre pour l’Eglise un temps nouveau, plein de promesses et d’espérance, réveiller chez les hommes, qui sont à la fenêtre, l’attente du message et chez les messagers la volonté de le leur faire parvenir à destination, au prix de leur vie. »

 

Traduction d’Isabelle Cousturié

Posté le 06 avril 2013 par Annonces


HOMELIE DE SA SAINTETE FRANÇOIS POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX

"Un chrétien ne peut jamais être triste"

 

 « Ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes », exhorte le pape François, car « un chrétien ne peut jamais l’être ». En effet, explique-t-il, la joie du chrétien « n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais elle naît du fait d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui est parmi nous ».

Le pape François a présidé le 24 mars 2013, la célébration des Rameaux, place Saint-Pierre au Vatican. Quelque 200.000 personnes étaient présentes, dont de nombreux jeunes, à l'occasion de la Journée mondiale de la jeunesse, traditionnellement célébrée le dimanche des Rameaux.

Le pape leur a donné rendez-vous aux jeunes pour la JMJ de Rio, qui aura lieu du 23 au 28 juillet 2013, en leur demandant de s’y préparer spirituellement afin que « cette Rencontre soit un signe de foi pour le monde entier ».

Il les a également encouragés à dire au monde : "il est bon de suivre Jésus ; il est bon d’aller avec Jésus ; le message de Jésus est bon ; il est bon de sortir de soi-même, vers les périphéries du monde et de l’existence pour apporter Jésus".

 

Homélie du pape

 

Jésus entre à Jérusalem. La foule des disciples l’accompagne en fête, les manteaux sont étendus devant lui, on parle des prodiges qu’il a accomplis, un cri de louange s’élève : « Béni soit celui qui vient, lui, notre roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux » (Lc, 19, 38).

Foule, fête, louange, bénédiction, paix : c’est un climat de joie que l’on respire. Jésus a réveillé dans le cœur tant d’espérances surtout chez les gens humbles, simples, pauvres, oubliés, ceux qui ne comptent pas aux yeux du monde. Lui a su comprendre les misères humaines, il a montré le visage de miséricorde de Dieu, il s’est baissé pour guérir le corps et l’âme. Ça, c’est Jésus. Ça, c’est son cœur qui nous regarde tous, qui regarde nos maladies, nos péchés. L’amour de Jésus est grand. Et ainsi il entre dans Jérusalem avec cet amour, et nous regarde tous. C’est une belle scène : pleine de lumière – la lumière de l’amour de Jésus, celui de son cœur –, de joie, de fête.

Au commencement de la Messe nous l’avons répété nous aussi. Nous avons agité nos palmes, nos rameaux d’olivier. Nous aussi nous avons accueilli Jésus ; nous aussi nous avons exprimé notre joie de l’accompagner, de le savoir proche, présent en nous et au milieu de nous, comme un ami, comme un frère, aussi comme un roi, c’est-à-dire comme un phare lumineux de notre vie. Jésus est Dieu, mais il s’est abaissé pour marcher avec nous. Il est notre ami, notre frère. En cela il illumine notre marche. Et ainsi nous l’avons accueilli aujourd’hui. Et c’est la première parole que je voudrais vous dire : joie ! Ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes : un chrétien ne peut jamais l’être ! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement ! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais elle naît du fait d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui est parmi nous ; elle naît du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments difficiles, même quand le chemin de la vie se heurte à des problèmes et à des obstacles qui semblent insurmontables, et il y en a tant ! Et à ce moment-là vient l’ennemi, vient le diable, si souvent déguisé en ange, et qui insidieusement nous dit sa parole. Ne l’écoutez pas ! Suivons Jésus ! Nous accompagnons, nous suivons Jésus, mais surtout nous savons que lui nous accompagne et nous met sur ses épaules : ici se trouve notre joie, l’espérance que nous devons porter dans notre monde. Et s’il vous plaît ! ne vous laissez pas voler l’espérance ! Ne vous laissez pas voler l’espérance ! Celle que Jésus nous donne.

Deuxième parole. Pourquoi Jésus entre-t-il à Jérusalem, ou peut-être mieux : comment Jésus entre-t-il à Jérusalem ? La foule l’acclame comme Roi. Et lui ne s’oppose pas, il ne la fait pas taire (cf. Lc 19, 39-40). Mais quel type de Roi est Jésus ? Regardons-le : il monte un petit âne, il n’a pas une cour qui le suit, il n’est pas entouré d’une armée symbole de force. Ceux qui l’accompagnent ce sont des gens humbles, simples, qui ont la capacité de voir en Jésus quelque chose de plus ; qui ont le sens de la foi, qui dit : C’est le Sauveur. Jésus n’entre pas dans la Ville sainte pour recevoir les honneurs réservés aux rois terrestres, à qui a le pouvoir, à qui domine ; il entre pour être flagellé, insulté et outragé, comme l’annonce Isaïe dans la première Lecture (cf. Is 50, 6) ; il entre pour recevoir une couronne d’épines, un bâton, un manteau de pourpre, sa royauté sera objet de dérision ; il entre pour monter au Calvaire chargé d’un bois. Et alors voici la deuxième parole : Croix. Jésus entre à Jérusalem pour mourir sur la Croix. Et c’est justement ici que resplendit son être de Roi selon Dieu : son trône royal est le bois de la Croix ! Je pense à ce que Benoît XVI disait aux Cardinaux : vous êtes des princes, mais d’un Roi crucifié. Le bois de la croix est le trône de Jésus. Jésus prend sur lui… Pourquoi la Croix. Parce Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, et aussi notre péché, de nous tous, et il le lave, il le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu. Regardons autour de nous : combien de blessures le mal inflige-t-il à l’humanité ! Guerres, violences, conflits économiques qui frappent celui qui est plus faible, soif d’argent, que personne ne peut emporter avec soi, on doit le laisser. Ma grand-mère nous disait à nous enfants : le linceul n’a pas de poches. Amour de l’argent, pouvoir, corruption, divisions, crimes contre la vie humaine et contre la création ! Et aussi – chacun de nous le sait et le reconnaît – nos péchés personnels : les manques d’amour et de respect envers Dieu, envers le prochain et envers la création tout entière. Et sur la croix Jésus sent tout le poids du mal et avec la force de l’amour de Dieu le vainc, le défait dans sa résurrection. C’est le bien que Jésus fait à nous tous sur le trône de la Croix. La croix du Christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’il a fait le jour de sa mort !

Aujourd’hui sur cette place il y a beaucoup de jeunes : depuis 28 ans le Dimanche des Rameaux est la Journée de la Jeunesse ! Voici la troisième parole : jeunes ! Chers jeunes, je vous ai vus dans la procession, quand vous entriez ; je vous imagine à faire la fête autour de Jésus, agitant les rameaux d’olivier ; je vous imagine alors que vous criez son nom et exprimez votre joie d’être avec lui ! Vous avez une part importante dans la fête de la foi ! Vous nous portez la joie de la foi et vous nous dites que nous devons vivre la foi avec un cœur jeune, toujours : un cœur jeune, même à soixante-dix ou quatre-vingts ans ! Cœur jeune ! Avec le Christ, le cœur ne vieillit jamais ! Pourtant nous le savons tous et vous le savez bien que le Roi que nous suivons et qui nous accompagne est très spécial : c’est un Roi qui aime jusqu’à la croix et qui nous enseigne à servir, à aimer. Et vous n’avez pas honte de sa Croix ! Au contraire, vous l’embrassez, parce que vous avez compris que c’est dans le don de soi, dans le don de soi, dans le fait de sortir de soi-même, que se trouve la véritable joie et que par l’amour de Dieu, le Christ, Lui a vaincu le mal ! Vous portez la Croix pèlerine à travers tous les continents, par les routes du monde ! Vous la portez en répondant à l’invitation de Jésus « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (cf. Mt 28, 19), qui est le thème de la Journée de la Jeunesse de cette année. Vous la portez pour dire à tous que sur la croix Jésus a abattu le mur de l’inimitié, qui sépare les hommes et les peuples, et qu’il a apporté la réconciliation et la paix. Chers amis, moi aussi je me mets en route avec vous, dès aujourd’hui, sur les traces du bienheureux Jean-Paul II et de Benoît XVI. Désormais nous sommes proches de la prochaine étape de ce grand pèlerinage de la Croix. Je regarde avec joie vers juillet prochain, à Rio de Janeiro ! Je vous donne rendez-vous dans cette grande ville du Brésil ! Préparez-vous bien, surtout spirituellement dans vos communautés, pour que cette Rencontre soit un signe de foi pour le monde entier. Les jeunes doivent dire au monde : il est bon de suivre Jésus ; il est bon d’aller avec Jésus ; le message de Jésus est bon ; il est bon de sortir de soi-même, vers les périphéries du monde et de l’existence pour apporter Jésus. Trois paroles : joie, croix, jeunes.

Demandons l’intercession de la Vierge Marie. Elle nous enseigne la joie de la rencontre avec le Christ, l’amour avec lequel nous devons le regarder sous la croix, l’enthousiasme du cœur jeune avec lequel nous devons le suivre en cette Semaine sainte et dans toute notre vie. Ainsi soit-il.

Posté le 31 mars 2013 par Pape François


Conférences sur l'Année de la Foi

Fraternité Sacerdotale St-Pierre

 

CONFERENCES SUR L’ANNEE DE LA FOI
LE
Samedi 13 AVRIL

 

par le R.P.  Ceslas-Marie d’Eysmond

de la Fraternité St Vincent Ferrier

Maison Ste Therese de l’Enfant-Jésus, 82 Bis, Rue Aristide Briand, à Fontainebleau

 

10 h 30 : Messe

11 h 10 : 1ère Conférence

12 h 00 : Déjeuner (tiré du sac)

14 h 00 : 2e Conférence

15 h 00 : Pause

15 h 30 : 3e Conférence

16 h 20 : Clôture de la session

 

Participation aux frais : libre

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Inscription à la session à remettre avant le 7 avril à la maison Ste-Thérèse (82 bis, rue A. Briand à Fontainebleau) :

 

Nom : ………………………………………......

Adresse et tel : .............................................


Posté le 31 mars 2013 par Annonces


COMMUNIQUE DE LA FRATERNITE ST PIERRE

"La Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre se réjouit avec toute l’Église de l’élection du Cardinal Jorge Mario Bergoglio comme Souverain Pontife, à la suite de la renonciation du Pape Benoît XVI. Elle accueille de tout cœur cette heureuse nouvelle et assure Sa Sainteté François de sa prière pour l’importante charge qui sera désormais la sienne. Depuis sa fondation, la Fraternité Saint-Pierre entretient un lien particulier avec le Souverain Pontife qui, selon les mots du Concile de Vatican I est « le successeur du Bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, ainsi que le Vicaire du Christ, le chef de toute l’Église, le Père et le Docteur de tous les chrétiens » (Pastor Æternus)."

Le pape François conserve son blason épiscopal : celui de l’archevêque de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio. Le blason est surmonté des symboles pontificaux choisis par Benoît XVI (mitre, clefs or et argent, cordon rouge).

 

Le Blason : En haut, se trouve le symbole de la Compagnie de Jésus: le soleil d’or du Christ, les trois lettres IHS - Iesus Hominum Salvator : Jésus Sauveur de l’Homme ou bien seulement le nom de Jésus, en grec IH-SOUS - (en rouge) surmonté de la Croix également rouge, et en dessous du H, les trois clous noirs de la Passion du Christ, qui peuvent représenter les vœux religieux de pauvreté, chasteté et obéissance. En bas, à gauche, l’étoile d’or de Marie, et à droite, la fleur de nard, non encore éclose, et qui pour cela ressemble à une grappe dorée de raisin. En Espagne saint Joseph, patron de l’Église universelle, est souvent représenté portant une fleur de nard. Le pape a justement choisi d’inaugurer son pontificat le 19 mars, en la solennité de saint Joseph, qui est aussi le saint patron de son prédécesseur.

 

La devise : Le pape François, conserve sa devise épiscopale : « Miserando atque eligendo» - "par miséricorde et par élection". Elle est inspirée par une homélie de saint Bède le Vénérable (672/673-735), docteur de l’Église, dans laquelle celui-ci commente l'appel de Lévi (Matthieu) par Jésus. L'homélie de Bède le Vénérable dit: « Jésus vit un publicain et en le regardant avec un sentiment d'amour il le choisit en disant : Suis-moi » (Hom. 21; CCL 122, 149-151)  Le pape fait en effet remonter sa vocation à la fête de saint Matthieu (21 septembre 1953).

Lors d’une confession, il a dit avoir fait « l’expérience de la miséricorde divine », et il se sentit « appelé », à l’instar de saint Ignace de Loyola.

Posté le 23 mars 2013 par FSSP


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